BOBIGNY (AFP) — Mushtaq Amer Butt, qui comparaît depuis mardi devant la cour d’assises de Seine-Saint-Denis pour avoir grièvement brûlé en 2005 son ex-petite amie Chahrazad Belayni, a été dépeint mercredi par les experts comme un amoureux blessé, qui « ruminait » sa vengeance, mais pas malade.
« Les faits ont à voir avec une dynamique pathologique et non une maladie mentale », a souligné l’expert-psychiatre Frantz Prosper, dernier expert entendu mercredi après une audience marathon, mardi, qui avait permis d’écouter la victime, l’accusé et une dizaine de témoins.
Le calendrier a été resserré et le verdict est attendu jeudi soir à l’issue des réquisitions et plaidoiries.
Pour M. Prosper, qui a examiné à quatre reprises l’accusé depuis sa reddition en novembre 2006 au Pakistan, son geste est « une profanation de l’être aimé sacralisé » destiné à « faire souffrir l’autre en réglant sa propre souffrance » et « priver son rival de l’être aimé ».
Il s’agit d’un cas « classique » de « violence passionnelle » motivée par le « dépit » et la « rancoeur », a-t-il ajouté après avoir insisté sur la « profonde blessure narcissique » ressentie par ce jeune homme très valorisé dans son enfance, quand celle qu’il veut épouser malgré l’opposition de son propre père lui demande en août 2005 de « sortir de sa vie ».
Unique garçon d’une famille pakistanaise de quatre enfants ayant rejoint en 1994 le père restaurateur en Seine-et-Marne, Mushtaq Amer Butt, âgé aujourd’hui de 28 ans et naturalisé en 2004, est dépeint comme un jeune homme agréable mais gâté et capricieux. Il rencontre Chahrazad en juin 2004 à l’occasion d’un stage qu’elle effectue dans la boutique de mode où il travaille à Neuilly-sur-Marne. Ils tombent amoureux, parlent même de mariage.
Le 13 novembre 2005, il asperge d’essence Chahrazad alors qu’elle gagne à pied son travail, l’enflamme et s’enfuit. Hospitalisée dans un état critique, le corps brûlé à 60%, la victime, aujourd’hui âgée de 21 ans, souffre d’importantes séquelles physiques et psychologiques.
La rupture qu’il n’a jamais voulu admettre, puis la découverte que celle qu’il appelait « Amri » (ma vie) fréquentait un autre garçon, ont d’abord provoqué chez l’accusé des « sentiments suicidaires », a noté l’expert.
Insensible aux conseils de ses amis à qui il a confié plusieurs fois son désir de vengeance et sa volonté de « marquer » Chahrazad, l’accusé avait tenté en septembre de mettre fin à ses jours, a-t-il rappelé.
L’accusé, qui nie toute préméditation en dépit de menaces de mort réitérées, a expliqué mardi à la cour avoir eu l’intention première de s’immoler. Changer de dessein aussi rapidement « n’est pas incompatible avec sa personnalité », a estimé l’autre expert entendu mercredi, Sylvia Lefort, psychologue.
Lorsque la jeune Marocaine rompt en août 2005, ce jeune homme « idéaliste jusqu’à l’intransigeance » est dans « l’impossibilité de supporter la frustration », s’enferme dans une « rumination obsessionnelle » tel une « cocotte-minute », a expliqué Mme Lefort.
Asperger d’essence la tête de Chahrazad « n’est pas un geste fruit du hasard: il signifie: +je ne veux plus qu’elle soit un objet de séduction+ ».
Pour M. Prosper, la détresse psychologique de l’accusé a « dans une certaine mesure » pu altérer son discernement le jour des faits.
Dans le repentir, celui-ci a imploré mardi Chahrazad de lui pardonner. Mais la victime, très éprouvée, était sortie dès le début de son audition.
Archivé sous: 93, 9trois, 9trois.fr, Chahrazad, Seine-Saint-Denis






soutien profond pr cette jeune fille.
c’est impardonnable